Fen - Canidé de l'Imaginairehttp://fen.cowblog.frUne étrange rumeur circule. Une forêt cacherait un loup. Il chercherait à raconter ses histoires. Personne ne confirme ce qu'on dit. Quelqu'un l'osera-t-il ?CowblogfrTue, 08 May 2012 22:57:56 +0200180http://fen.cowblog.fr/si-le-c-ur-vous-en-dit-3184556.htmlSi le cœur vous en ditSi le cœur vous en dit…

Lancez-le ! En haut ! En bas ! En avant ! En arrière !
Expulsez de votre poitrine tout ce que vous avez de plus fier !
Accrochez-le près des étoiles ! Qu’on le voit briller auprès d’elles !
Qu’on l’approche même au plus près d’elles pour en voir les étincelles !

Si le cœur vous en dit…

Car, un cœur, ça dit toujours quelque chose.
Il faut juste prendre la peine de se pencher pour mieux l’écouter.
Et, si vous êtes doués, vous pourrez même comprendre un cœur étranger.
Peut-être même, qu’en retour, il se penchera sur le vôtre.
L’Amour, ça s’appelle. Ça vous fait penser à quelque chose ?
Qu’en direz-vous de le faire partager aux autres ?

Si le cœur vous en dit…
Moi, le mien, dit oui.
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http://fen.cowblog.fr/commentaires-3184556.htmlTue, 08 May 2012 22:57:00 +0200http://fen.cowblog.fr/si-le-c-ur-vous-en-dit-3184556.html
http://fen.cowblog.fr/en-payer-le-prix-3181310.htmlEn payer le prixVincent n’avait pas le cœur à rire aujourd’hui. Cela faisait presque un an, maintenant. Ça passe vite, un an, tout compte fait, songea-t-il. Il prit entre ses doigts le trousseau de clefs de la maison puis joua avec elles en les faisant cliqueter les unes contre les autres sans vraiment y faire attention. Son esprit était confus, son cœur contradictoire. Il ne voulait pas y aller. Il ne savait pas comme il réagirait une fois arrivé. Il le devait pourtant. Il n’avait pas réellement le choix. Il vérifia qu’il avait bien pris le bouquet de fleurs  puis s’en alla de chez lui, en s’assurant bien d’avoir fermé la porte à double tour.

Il ne prit pas la voiture. Après tout, le cimetière n’était pas très lois. Une fois le portail franchi, il se faufila entre les piétions, qui semblaient tous être comme lui : dépourvus de leur âme, rongée depuis bien longtemps par les spectres des soucis et des problèmes. Et si, par miracle, il en restait encore des bouts, ces derniers étaient tôt ou tard finis sous les crocs de Madame Tristesse, une carnassière à l’appétit irrassasiable.

Les rues lui paraissaient bien plus grises, bien plus sinistres que d’habitude. Le soleil lui-même avait une apparence cafardeuse. Ses rayons étaient d’un jaune incroyablement pâle. Il fallait rester sur place pendant cinq bonnes minutes, le visage tendu le mieux possible vers lui pour sentir un soupçon de chaleur. Il percevait sans doute cet environnement de la sorte parce qu’il allait le revoir. D’ailleurs, il aperçut très vite au loin sa destination. Son pouls commença à s’accélérer,  ses jambes à claquer. Je dois le voir… je le dois le voir ! se répétait-il.

Après quelques mètres interminables, il franchit l’enceinte par l’accès principal et tourna immédiatement à droite. Sa tombe était juste là, entre deux autres qui n’étaient plus entretenues depuis bien longtemps. A côté d’elles, la sienne paraissait beaucoup plus joyeuse. Ça va… il s’en sort encore bien, ironisa-t-il pour se donner du courage. Il s’accroupit devant la sépulture, se débarrassa des anciennes fleurs, qui laissaient à désirer, du vieux pot, pour en mettre des nouvelles, plus belles. Il se releva ensuite et resta planté net devant pendant un bon moment.

-    Papa… arriva-t-il enfin à articuler d’une voix tremblante. J’ai besoin de toi…

Silence absolu. Seul le vent lui répondait en s’amusant avec ses cheveux longs.

-    Papa ! lança-t-il avec plus de puissance.
Toujours rien.

-    Papa ! hurla-t-il de toutes ses forces.

Soudain, il eut un bruit. Petit mais qui venait bien de la dernière demeure de son père. Puis, très vite, tout un vacarme. Si assourdissant que l’homme, qui venait de reculer de quelques pas, s’assura qu’il n’y avait personne dans les parages. Puis, tout à coup, une petite main dépourvue de chair ouvrit la tombe. Quelques secondes plus tard, un squelette poussiéreux se tint droit devant lui.

-    Ha mon fils ! s’exclama ce dernier ! Comment ça va ?!
-    Salut Papa… répondit le fils, tristement.
-    Qu’est-ce qui t'arrive mon grand ?! T’en fait une tête d’enterrement ! Pourtant, moi, ça fait bien longtemps qu’on m’a mis là ha ha ha !
-    Bah… ça fait bientôt un an que je dois de l’argent à la banque et… si demain je ne leur donne pas ce que je dois… l’huissier va venir chez nous…

Le père fit la grimace. Si on pouvait qualifier ça de grimace de la part d’un squelette.

-    Ha je m’en doutais ! s’écria-t-il. T’es pas venu uniquement pour voir ton bon vieux père ! T’es juste venu pour l’argent !

Le fils ne dit rien. Il savait qu’il allait se mettre en colère. C’est pour ça qu’il ne voulait pas venir. Mais il ne connaissait personne d’autre qui aurait pu l’aider.

-    Je suppose que tu n’as rien dit à ta femme ? lui demanda-t-il.
-    N… non. Je… je ne voulais pas l’inquiéter.
-    Tu ne voulais pas l’inquiéter mais pour déranger ton père de sa tombe alors là pas de problème hein ! C’est du propre moi je dis ! T’as mon chéquier ?!


Vincent fouilla une de ses poches et le lui donna avec un stylo.

-    Bon… grommela le t’as d’os. Combien ?

Son descendant lui souffla le prix à l’oreille.

-    QUOI ?! TOUT CA ?! Mais t’as fait quoi avec tout l’argent que t’as emprunté ?! Tu t’es acheté le dernier jet privé ?!
-    J’ai… j’ai monté un magasin, s’expliqua le fils, plein de honte. Il avait bien fonctionné au début au bout d’un moment il a coulé, faute de clients… c’est la crise…
-    La crise ! La crise ! cria son père. A ton âge, j’avais beaucoup moins de moyens que toi et je m’en suis pourtant mieux sorti ! Je n’arrive pas à croire que je dois en mettre de ma poche même après ma mort !

Il rédigea le chèque salé avec une plus grosse grimace puis lui remit le tout.

-    Allez ! Bon vent ! Puis si un jour le cœur t’en dit de voir ton père qui se fait de vieux os, sans que ça soit intéressé, tu passeras hein ! Tu sais où me trouver !

Sur ces mots, il s’allongea puis referma la tombe. Le silence revint.

Le fils ne bougea pas tout de suite. Il n’arrivait pas à dégager ses yeux du montant inscrit sur le bon de paiement. Même après le sermon de son vieux, il ne pouvait s’empêcher de sourire. Ses problèmes étaient enfin réglés ! Enfin… pour le moment ! Il sifflota joyeusement en quittant le cimetière, chantant même, alors qu’une personne âgée, qui venait tout juste d’y entrer, le dévisageait avec effarement.]]>
http://fen.cowblog.fr/commentaires-3181310.htmlSat, 21 Apr 2012 14:58:00 +0200http://fen.cowblog.fr/en-payer-le-prix-3181310.html
http://fen.cowblog.fr/a-travers-la-fenetre-3163969.htmlÀ travers la fenêtreUn bouquet de fleurs –des belles roses acacias comme tu les aimes- à la main, je frappe doucement à la porte avant d’entrer, presque timidement, dans la petite chambre blanche. Allongée sur ce lit noyé de coussins défiant les couleurs du plus magnifique des arcs-en-ciel, tu sembles avoir été délicatement déposée là par quelques mains attentives et soigneuses, trop effrayées par l’idée de te bousculer ne serait-ce qu’un tout petit peu. Ta chevelure blonde, toujours aussi si volumineuse, si abondante,  s’est éparpillée un peu partout autour de ta tête, tel un soleil qui rendrait aveugle toute personne qui oserait contempler ton si beau visage à la peau nuage de lait.

Mais, moi, dressé juste devant toi, je suis resté pétrifier par ton regard émeraude foncé, pointé sur la fenêtre grandement ouverte.

Une légère brise en avait profité pour se glisser dans la pièce et bercer ses occupants de son parfum sucré de printemps doux. Est-ce pour mieux profiter de cette fraîcheur que tu avais tourné ta tête dans cette direction ? Ou est-ce pour mieux voir ce qu’il y a derrière la fenêtre ?

Au-delà de la fenêtre, un moineau, posé sur la branche d’un chêne, pousse son sifflement joyeux. Il fait sa toilette, réajuste les plumes de son minuscule corps fragile à l'aide de son petit bec. Est-ce pour mieux voir le joli spectacle de mère nature que ton regard s’est figé à travers la fenêtre ?

Au-delà des feuilles de l’arbre, la ville, grande et belle, s’anime peu à peu. De temps en temps, elle laisse apercevoir une voiture pressée sur l’une de ses routes, poussée par le temps qui passe. Est-ce pour mieux voir la vie urbaine des hommes que ton regard s’est figé à travers la fenêtre ?

Au-delà des bâtiments, le ciel, au feu d’or, s’écarte pour laisser entrer sur scène l’imposant soleil. De ses rayons brûlants, il souhaite montrer au monde que, sans lui, celui-ci serait rien. Est-ce pour mieux voir la prétentieuse étoile que ton regard s’est figé à travers la fenêtre ?

Est-ce pour mieux voir ce qui t’attends après la vie que ton regard, figé à travers la fenêtre, s’est éteint ?

Un bouquet de fleurs –des belles roses acacias comme tu les aimais- tombe sur le sol.]]>
http://fen.cowblog.fr/commentaires-3163969.htmlSat, 21 Jan 2012 14:16:00 +0100http://fen.cowblog.fr/a-travers-la-fenetre-3163969.html
http://fen.cowblog.fr/le-jeu-de-l-amour-3150166.htmlLe jeu de l'amourJe me souviens de notre première rencontre. C’était lors d’un après-midi doux de printemps. Le soleil berçait doucement le ciel de ses rayons chaleureux et la ville de Paris tout entière s’illuminait sous cette pluie de lumière accueillante. Derrière la vitre d’une boutique, rêveuse, je regardais ce temps magnifique qui semblait promettre une merveilleuse journée…  je ne doutais pas une seule seconde à quel point elle le serait tellement plus.
Car, alors que je me laissais distraire par le spectacle étonnant que pouvait offrir mère nature dans cet univers de goudron, qui n’avait laissé comme survivants que quelques arbres, un ange, toi, apparut juste devant le fonds de commerce. Tu venais à peine d’effectuer quelques pas sur le trottoir que tu t’arrêtas net en braquant tes yeux d’océan sauvage sur moi.

Stupéfaite, ton regard impudique me ramena brutalement sur terre dans la confusion la plus totale. Je n’arrivais pas à croire qu’un bel et magnifique inconnu s’était brutalement arrêté rien que pour me scruter, comme si j’étais la chose la plus précieuse sur cette planète. Moi qui, d’habitude, on regardait à peine !

Et soudain, sans prévenir, tu t’élanças dans le magasin avec le sourire aux lèvres. Tu accourus vers la patronne puis tu tentas de la convaincre, de vive voix, de me laisser partir avec toi. Sans la laisser répondre, tu déposas sur le comptoir une somme d’argent généreuse puis tu te précipitas vers moi pour me prendre sous le bras. Je ne savais comment réagir ni même quoi penser de cette rencontre si rapide, si spontanée ! Mais, malgré moi, séduite par ton culot hors du commun, je me pris au jeu et nous partîmes du magasin.

Tu me parlas de toi, de ta vie, de ce que tu aimais beaucoup, de ce que tu aimais moins, du métier que t’exerçais, sur les études que tu avais menées pour le décrocher, sur l’importance que tu apportais à celles de mon genre et de tout plein d’autres choses que je pourrais aujourd’hui répéter sans changer le moindre mot, tellement que tes phrases étaient si captivantes, si vivantes.

Au bout de cette marche parisienne enrichie de tes conversations grandioses, tu m’emmenas chez toi, me fit découvrir l’appartement où tu vivais confortablement. Tu m’expliquas que cela t’avait pris de temps pour l’avoir mais que, tant bien que mal, tu y étais enfin parvenu. Puis, toujours de manière spontanée, tu m’avais montré ta chambre, ton lit, avant de glisser une main à l’endroit qui voulait insinuer tellement de choses… mais la suite fut beaucoup moins subtile.

Je n’oublierai jamais notre première fois aussi imprévisible que merveilleux. Tes doigts expérimentés me parcourant tout le long… la passion que tu mettais pour me prendre de manière si délicate, si sensuelle… la façon dont tu étais parvenue pour m’électriser dans tout mon être… l’extase que j’avais alors ressenti à ce moment-là aurait rendu jalouse plus d’une.

Après cela, je suis resté définitivement chez toi et les mois s’écoulèrent rapidement, laissant place à des scènes qui se ressemblaient peut-être mais qui me remplissaient de joie. Tu partais chaque matin au boulot, le cœur déchiré à l’idée de te séparer de moi… avant de me retrouver le soir tout excité, absorbé par tout ce que j’étais. Oui… ce fut là les plus beaux jours de ma vie.

Mais, petit à petit, le quotidien entra en jeu et, toujours petit à petit, les choses changèrent, se dégradèrent, avant de s’empirer considérablement. Au début, tu me regardais avec envie et désir… à la fin, tu me dévisageais comme si j’étais la simple cuvette de tes toilettes… mais je suis certaine que tu lui accordais beaucoup plus d’intérêts. Tu le ressentais au moins que je me sentais complètement perdue, tellement malheureuse ? Tu pouvais le savoir au moins ? Je n’en étais pas sûre…  puis, comme pour achever le peu d’espoir que j’avais encore un peu pour nous deux, tu débarquas un jour avec elle.

Elle. Plus grande, plus belle, plus attirant, plus tout. Tu n’avais des yeux que pour elle. Tu lui avais sorti les mêmes mots, les mêmes gestes que tu avais eus pour moi. Je n'arrivais pas y croire. Puis, en ne faisant même pas attention à ma présence, tu avais commençais à la tripoter par ci et par là… juste devant moi ! Mais, alors que tu étais sur le point d’entamer une partie de folie avec cette chose insignifiante, tu me remarquas enfin et, sans aménagement, tu me jetas dehors comme une merde.

... tu sais que cela fait une semaine maintenant que je suis là, en bas de ton immeuble ? À t’attendre ? À me dire que tu vas te dire qu’elle ne peut être qu’une erreur ? Que celle qui doit partager ta vie c’est pas elle mais moi ? Presque morte de l’intérieur, une petite voix au fond de moi me souffle que tu ne reviendras pas. Qu’entre nous c’est définitivement fini. Qu’il serait mieux de t’oublier. Mais, pour le moment, je n’y arrive pas et je ressasse en boucle ces souvenirs qui ressemblent à des rêves lointains.

Le seul petit sourire qui me vient parfois aux lèvres est dans les moments où je pense qu’un jour cette connasse de Wii connaitra le même sort que moi, ta Gamecube, qui, malgré tout ce que tu lui as fais, t’attends encore, dehors, en bas de chez toi.]]>
http://fen.cowblog.fr/commentaires-3150166.htmlFri, 11 Nov 2011 01:26:00 +0100http://fen.cowblog.fr/le-jeu-de-l-amour-3150166.html
http://fen.cowblog.fr/le-temps-c-est-de-l-argent-3138947.htmlLe temps, c'est de l'argent !Laetitia remit correctement le sac sur son épaule avant de s’engouffrer dans la bouche de métro. Elle se situait plus exactement à la station École Vétérinaire de Maisons-Alfort, station qui se trouvait d’ailleurs juste à côté de son appartement. Idéal pour mes activités, pensa-t-elle.

Elle descendit lentement un premier escalier, sortit son Pass Navigo Imagine’R, passa le portique, et se dirigea sur la gauche direction Balard. Le matin, il y avait beaucoup plus de voyageurs qui se rendaient à Paris, la capitale, qu’à Créteil, la banlieue. Il était donc plus intéressant pour elle, économiquement, d’aller de ce côté-là.

Soudain, alors qu’elle venait d’entamer doucement le second escalier menant sur le quai, un énorme vacarme annonça l’arrivée du train. Autour d’elle la foule, qui gesticulait déjà beaucoup, s’agita encore plus vite et se précipita pour descendre, comme si elle mettait tout-à-coup sa vie en jeu. Mais Laetitia, quant à elle, ne pressa pas le pas. Au contraire, elle prit même un peu plus son temps en posa délicatement ses pieds sur chacune des marches.

Un homme d’une trentaine d’années, costume-cravate, déboula d’un coup derrière elle et la bouscula brusquement, réussissant presque à la faire tomber.

- Putain ! cria-elle, énervée en se remettant droite. Vous pouvez faire attention !

L’homme, sans se retourner, lui répondit par un élégant doigt d’honneur tout en continuant sa course folle.

Elle fit les gros yeux puis inspira un bon coup. Bon… ce n’était pas grave et elle avait d’autres chats à fouetter. Elle n’allait pas en faire toute une histoire qui ferait perdre du temps. Elle frotta son épaule endolorie puis mit sa main dans la poche de sa veste pour en sortir une montre. Plus grosse que la moyenne, sans bracelet, le contour ainsi que le dos étaient de couleur cuivre. A l’intérieur du cadran, on pouvait y voir deux banales aiguilles –une grande pour les minutes, une petite pour les heures- ainsi qu’une banale trotteuse. Au premier coup d’œil, la montre ne semblait pas se démarquer des autres, si ce n’étaient les chiffres inscrits non pas en chiffres arabes mais en chiffres romains. Pourtant, Laetitia la regardait, la caressait... Comme s’il était l’objet le plus précieux au monde. Elle entendit le train s’arrêter et ouvrir ses portes. Il était dix heures vingt-cinq minutes et trente neuf secondes. Dix heures vingt-cinq minutes et quarante secondes. Dix heures vingt-cinq minutes et quarante et une seconde. Elle appuya sur un petit bouton sur le haut de la montre.

Il était dix heures vingt-cinq minutes et quarante-deux secondes et elle n’entendait plus un seul bruit. Il était dix heures vingt-cinq minutes et quarante-deux secondes et elle ne vit plus un seul mouvement. Il était dix heures vingt-cinq minutes et quarante-deux secondes et avec un seul doigt elle venait d’arrêter le temps.

Elle remit la montre là où elle l’avait sorti puis continua sa descente en toute tranquillité en esquivant tous ces excités qui, devenus figés, imitaient désormais très bien les statues. Arrivée en bas, elle entra dans le wagon le plus proche et scruta ce qu’elle avait autour d’elle. Comme une louve sur un terrain de chasse, elle analysa chacun des proies du troupeau et chercha celle qui pouvait tomber facilement entre ses griffes.

Son regard s’arrêta sur une soixantenaire assise à sa droite et qui, en raison de tous les bijoux qu’elle portait à son cou, ses poignets et ses doigts, ne pouvait être qu’ « une vieille bourgeoise pétée de thunes » (c’était ses mots). Elle remarqua alors son sac rouge posé sur ses genoux. Elle s’approcha d’elle, l’ouvrit, tout en faisant attention de ne pas la toucher car, même si le temps était suspendu, n’importe qui pouvait ressentir le contact physique dès que le temps reprenait son cours, et pouvait, surtout, se douter de quelque chose.

Et c’est ce que Laetitia craignait le plus. Il ne fallait surtout pas qu’une seule de ses actions se répercute de manière anormale sur son environnement. C’est pourquoi elle ne prenait que des choses dont leur absence pourrait se faire passer pour un oubli ou une perte mais jamais pour une disparition magique. C’est pourquoi, paradoxalement, ceux qui exhibaient leurs objets de valeur n’avaient aucune chance de se les faire voler… du moins pas avec elle.

Elle fouilla avec précaution dans le sac et elle toucha un portefeuille assez volumineux. Elle le sortit avec délicatesse et le déplia… bingo ! Elle le mit dans son sac puis ferma –toujours avec soin- celui de la vieille femme avant de dépouiller deux-trois autres personnes.

Satisfaite de son butin –deux portefeuilles, un walkman d’une grande marque et un téléphone dernier cri-, elle s’apprêtait à sortir quand elle aperçut un peu plus loin l’homme d’affaires qui avait osé la pousser sans s’excuser et, pire, l’avait même insulté avec son majeur ! Elle s’avança vers l’irrespectueux et lui mis une grosse claque. Tant pis pour le principe de non-contact, se dit-elle. Il l’avait bien mérité ce connard !

Après s’être assurée que tout était bien mis à la même place qu’à son arrivée, Laetitia quitta le train, remonta l’escalier pour se remettre au même endroit ainsi qu’à la même position qu’auparavant. Elle ressortit la montre et appuya à nouveau sur le bouton.

Il était dix heures vingt-cinq minutes et quarante-deux secondes et les sons reprirent leur place dans le silence. Il était dix heures vingt-cinq minutes et quarante-trois secondes et la vie reprit de plus belle. Il était dix heures vingt-cinq minutes et quarante-quatre secondes et avec un seul doigt elle venait de relancer le temps.

Elle (re)descendit l’escalier, arriva (à nouveau) sur le quai. La sirène d’alarme venait de se déclencher et préféra, par prudence, attendre le prochain train.

- Le temps c’est de l’argent ! conclut-elle, le sourire aux lèvres, en voyant l’homme d’affaires se frotter la joue avec une grimace.]]>
http://fen.cowblog.fr/commentaires-3138947.htmlWed, 21 Sep 2011 00:57:00 +0200http://fen.cowblog.fr/le-temps-c-est-de-l-argent-3138947.html
http://fen.cowblog.fr/au-bord-du-monde-3123995.htmlAu bord du mondeAssis au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, j’attends. Je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, j’attends.

Je n’ai aucune raison d’être là, assis au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, à attendre je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, j’attends.

De plus, ici, la couverture gazeuse de la Terre s’échappe. Et, à force d’être assis là, sans aucune raison, au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, à attendre je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, à attendre, je commence à avoir froid.

La température basse serait supportable sans cet appel à la nourriture qui se déclare de plus en plus fort dans mon ventre. Et, à force d’être assis là, sans aucune raison, au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, à attendre je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, à attendre, je commence à avoir faim… et froid.

Toutefois, ce n’est rien face à ce poids sous mes paupières qui font ressembler ces dernières à des parachutes. Et, à force d’être assis là, sans aucune raison, au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, à attendre je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, à attendre, je commence à avoir sommeil… et froid et faim.

Et encore, j’ai oublié de vous parler de ce nez qui n’arrête pas de se boucher pour un oui ou pour un non. Et, à force d’être assis là, sans aucune raison, au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, à attendre je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, à attendre, je commence à avoir une santé fragile… et froid et faim et sommeil.

Mais, à force d’attendre, assis au bord du monde, avec comme compagnie mentale les plus belles notes de piano, à attendre je ne sais qui, je ne sais quoi, et, pourtant, à attendre, à en avoir et froid et faim et sommeil et une santé fragile, j’ai bien peur de me plaindre et de me répéter un peu.
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http://fen.cowblog.fr/commentaires-3123995.htmlTue, 19 Jul 2011 02:36:00 +0200http://fen.cowblog.fr/au-bord-du-monde-3123995.html
http://fen.cowblog.fr/le-systeme-du-c-ur-3120830.htmlLe système du cœurTout est lumineux dans ma nuit, là où personne ne peut m'atteindre. J'y prends souvent une étoile, que je frotte contre une autre pour qu'elle brille d'un plus bel éclat, avant de la projeter dans l'infini céleste en faisant un vœu. Toujours le même.

Pourquoi l'amour est-il électrique ? Pourquoi nait-il par un coup de foudre ? S'achève-t-il dans un orage ? J'ai beau demandé aux astres ce qu'ils en pensent, leur réponse n'est qu'un silence désastreux.]]>
http://fen.cowblog.fr/commentaires-3120830.htmlWed, 06 Jul 2011 14:33:00 +0200http://fen.cowblog.fr/le-systeme-du-c-ur-3120830.html
http://fen.cowblog.fr/rakuen-2-3110664.htmlRakuen (2)Il est minuit dans mon cœur. Les douze coups me tourmentent, me terrifient, me tiraillent, m’épuisent, me torturent, me frappent, m’essoufflent, m’affligent, me sonnent, m’élancent, me brûlent, me déchirent. Le monstre est revenu. Ma chaire souffre de ses griffes glaciales, mon esprit se vide à travers ses crocs tranchants. Il me plonge dans une ombre. Tout devient sombre. Il me questionne. « Tu as peur, mon ange ? ». Sa voix m’empoisonne. La vie glisse entre mes entrailles pour laisser place à des ténèbres sans fin. «  Tu meurs, mon ange ? ». Je tombe. Je ne pense plus qu’à toi. Qu'à lui.]]>http://fen.cowblog.fr/commentaires-3110664.htmlTue, 24 May 2011 14:05:00 +0200http://fen.cowblog.fr/rakuen-2-3110664.htmlhttp://fen.cowblog.fr/guide-pour-ne-pas-tomber-dans-le-ciel-3109317.htmlGuide pour ne pas tomber dans le cielLe ciel est un aspirateur géant. Invisible mais bien présent. Sauf que lui n’avale pas la poussière mais la vie. Pour ne pas s’envoler, il faut se prouver chaque jour qu’on a les pieds sur terre. Heureusement, face à cette menace permanente, il est possible de s’attacher à peu près à tout et à n’importe quoi. La première idée qui vient souvent en tête ce sont les choses. Après tout, étant dépourvues de vie, elles devraient être de bonnes alliées contre l’aspirateur géant. Mais faut il ne pas s’y fier. Elles ne sont en vrai que des illusions perdues. Il suffit de réaliser qu’elles n’ont aucune valeur pour qu’on se déchaine d’elles malgré nous.

Cela me fait penser à une histoire. Celle d’un vieil homme. Toute sa vie, il avait travaillé dur pour se faire construire la plus belle des maisons. Le rêve qu’il habitait lui permettait de s’attacher à elle avec des chaines si solides, si puissantes, que beaucoup l’enviaient. Un jour, il arriva au bout de ses efforts et s’installa dans sa demeure. Comme il s'y plaisait bien ! Il était persuadé d'avoir construit là un très bon abri. Mais il réalisa un peu plus tard que sa maison était peut-être un peu trop grande pour lui et que, par sa faute, il n’était plus qu’un vieillard qui avait renoncé à tout pour finalement vivre seul, isolé, sans amour ni amitié à recevoir et à donner. Bouleversé par cette vérité qu'il avait toujours renié, les liens qui l’attachaient alors à sa maison disparurent et il tomba inévitablement dans le ciel avant de se faire aspiré par le gobeur-de-vies. Curieusement, on ne l'envia plus du tout.

Ce qu’il faut en fait savoir à propos des choses c’est qu'elles sont de fausses amies. Elles nous font croire que tout va bien, que tant qu’on les possède il est impossible de perdre pied et de s’envoler. Seulement voilà, la plupart de ces choses nous trompent et nous lâchent à n’importe quel moment. Du moins, ceci n'est vrai que lorsqu'on utilise ces choses que parce que ce sont des choses. Et oui, il existe tout de même une petite astuce pour se lier à elles de façon plus sûre. L'idée consiste à se lier bel et bien à des choses mais, et c'est là la grande différence, uniquement à celles qui renvoient à des souvenirs. Là au moins on est un peu plus certains de ne pas se perdre dans les nuages.

Mais le meilleur moyen, selon moi, de ne jamais tomber dans le ciel c’est de s’attacher directement à des personnes qu’on aime. Ça peut paraitre étonnant, et c’est sans doute la dernière chose qu’on penserait à faire, parce que l’aspirateur géant ne pense qu'à les avaler. Mais, contrairement aux idées reçues, nous attacher à des êtres qui nous sont chers nous permet d'avoir du poids dans le cœur et de rester en contact avec le sol.

Après tout... quoi de mieux que la vie pour s’attacher à notre vie ?]]>
http://fen.cowblog.fr/commentaires-3109317.htmlTue, 17 May 2011 18:31:00 +0200http://fen.cowblog.fr/guide-pour-ne-pas-tomber-dans-le-ciel-3109317.html
http://fen.cowblog.fr/faim-d-amour-3109123.htmlFaim d'amourJe me sens tout drôle ce soir. J’ai l’appétit d’un loup. Sauf que mon gros creux ne provient pas de mon ventre mais de mon cœur.  Il faut croire que je n’ai faim que de la plus belle nourriture qu’il soit : l’amour. Je pourrai en faire tout un plat. Voir plusieurs. J’ai faim d’amour sucré-salé, faim d’amour pimenté, faim d’amour assaisonné. Je veux le mettre dans mon assiette, le piquer et le porter à mes lèvres. Je veux le sentir couler à travers moi comme une coulée de lave de bien-être. Je veux m’en remplir la poitrine jusqu’à exploser en feu d’artifice.]]>http://fen.cowblog.fr/commentaires-3109123.htmlMon, 16 May 2011 22:53:00 +0200http://fen.cowblog.fr/faim-d-amour-3109123.html